[Vidéo] P. Servigne & J. Blamont : Introduction au siècle des menaces

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Il est agréable de retrouver Jacques Blamont chez Thinkerview, cette fois en compagnie de Pablo Servigne, pour une discussion éclairante. Encore une fois, du contenu d’une grande qualité.

9’11 – J. Blamont : Il y a d’autres ressources naturelles qui sont encore plus menacées. Et naturellement, celle qui vient à l’esprit et qui va connaître une aggravation, c’est la ressource en eau. Si on considère déjà ce qui se passait dans les quelques dernières années, en ce qui concerne la quantité disponible d’eau dans le bassin méditerranéen, on s’aperçoit que les crises politiques ou militaires viennent des sécheresses, du problème de l’eau. On a commencé à partir de 1970 à pomper dans toutes les nappes phréatiques, y compris les nappes fossiles qui ne se renouvellent pas, et donc on atteint maintenant un niveau où la situation, puisqu’on a consommé notre capital, la situation va s’aggraver rapidement. Je prends un exemple: le Yémen. Le Yémen, il y a des conflits, il y a des choses très graves. Quelle est la situation de la nappe phréatique au Yémen ? Elle était à 10 mètres de profondeur en 1970. Aujourd’hui elle est à un kilomètre. Ça veut dire que maintenant il faut pomper et on est en présence d’ailleurs du sur-pompage, c’est-à-dire ce pompage vide la nappe phréatique. Hors le Yémen a aujourd’hui à peu près une vingtaine de million d’habitants et en 2050, ce sera 45. En 2050, vous aurez 45 [millions de] Yéménites, et à ce moment-là, il n’y aura plus d’eau. Si l’on essaye de quantifier ce phénomène, les spécialistes disent que la population est en état de stress hydrique, c’est-à-dire de stress dû à un manque d’eau en dessous de 2000 mètres cubes par an et par personne. Tous les pays du Maghreb, l’Égypte, le Yémen était tous en 2000 au niveau juste en dessous du stress hydrique. Et si maintenant on descend de 2000 à 1000 mètres cubes, on appelle ça l’état de pénurie. À ce moment-là, on s’aperçoit qu’en 2050, tous les états, l’ensemble de tous les états, y compris le Maghreb, y compris l’Égypte, seront en état de pénurie. Et je viens de vous dire que 1 000 mètres cubes c’est le niveau de la pénurie, le Yémen sera à 100. […] Et donc, ce qui se produit, c’est que les pénuries engendrent des conflits, des conflits politiques, etc. […] Les causes des conflits seront les véritables pénuries qu’on ne saura pas régler. Par exemple, je vais en Inde assez souvent, je vois des villes, comme Hyderabad, comme Madras, qui s’appelle maintenant Chennai, qui sont des villes qui sont passées de 500 000 à 5 millions d’habitants en 20 ans. Elles pompent d’une façon excessive dans la nappe phréatique locale et donc ces gens-là n’auront plus à boire dans une dizaine d’années.

Extrait de « My dinner with Andre » – Louis Malle – 1981

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-« Est-ce que nous sommes comme des enfants trop gâtés qui s’ennuient en pataugent dans leur baignoire avec un canard en plastique à deux sous, en ronchonnant : « J’sais pas quoi faire ! » ? »

-« Ok. Oui ! On s’emmerde ! On s’emmerde tous !
Mais le processus qui conduit à cette morosité que l’on observe désormais alimente peut-être une entreprise inconsciente de lavage de cerveau mise en place par un totalitarisme basé sur le fric ! C’est plus dangereux qu’on ne croit ! Ce n’est pas qu’une question de survie individuelle, Wally, c’est que, si on s’emmerde, on dort, et l’homme qui dort ne sait plus dire non.

Ces gens, j’en vois partout !
Il y a quelques jours, j’ai vu cet homme que j’admire beaucoup, le physicien suédois Gustav Bjornstrand, et il m’a dit… qu’il ne regardait plus la télévision, ne lisait plus les journaux ni aucun magazine. Il a arrêté complètement ! Parce qu’il est persuadé qu’on vit dans un cauchemar à la George Orwell et que tout ce qu’on entend contribue à nous changer en robots.

Et à Findhorn, j’ai rencontré ce formidable expert en arbres, qui a voué sa vie à la protection des arbres. Revenant de Washington pour y défendre Redwood ! À 84 ans, il voyage avec un sac à dos, il ne sait jamais où il sera demain !
À Findhorn il m’a demandé :
-« D’où êtes-vous ? »…
-« New York. »
Il a dit : -« Ah, c’est intéressant, New York ! Vous connaissez des New-Yorkais qui rêvent de partir et ne le font pas ? »
J’ai dit : -« Oh oui ! »
-« Pourquoi, d’après vous ? »
J’ai répondu des banalités et il a dit :
-« Ce n’est pas ça du tout. New York est le nouveau prototype du camp de concentration, bâti et gardé par les détenus eux-mêmes. Et ils sont fiers d’avoir bâti leur propre prison ! Ils vivent en état de schizophrénie, à la fois gardiens et détenus. Il en résulte qu’ils ne voient pas qu’ils sont lobotomisés, et donc incapables de quitter leur prison, ni même de voir que c’est une prison. »
Il a fouillé dans sa poche et a pris une graine en disant :
-« C’est un pin. »
Il me l’a donnée en disant :
-« Filez, avant qu’il ne soit trop tard ! »

En fait, tu vois… Depuis 2 ou 3 ans, Chiquita et moi avons ce sentiment inconfortable que nous devrions partir ! On se sent comme des Juifs Allemands en 36. Il faut fuir ! Mais la question c’est : où aller ? Car il semble évident que le monde entier va dans la même direction !

Je pense qu’il est très possible que les années 60 aient vu l’ultime manifestation de l’homme avant l’extinction finale.
Et que c’est le début d’une ère nouvelle. Et que désormais, nous ne serons plus que des robots marchant en tous sens, ne ressentant rien, ne pensant à rien… Il ne restera presque personne pour rappeler qu’il existait jadis une espèce appelée « race humaine » douée de sentiments et de raison… L’histoire et la mémoire sont d’ores et déjà effacées, et bientôt, personne ne se souviendra que la vie a existé sur cette planète.

Bon… Bien sûr Bjornstrand pense qu’il n’y a vraiment aucun espoir et que nous allons revenir à une période sauvage, sans lois, et terrifiante ! À Findhorn, les gens pensent un peu différemment. Ils pensent qu’il restera des poches de lumière en différents endroits du monde, un peu comme des planètes invisibles sur cette planète… Et à mesure que le monde refroidira, nous pourrons faire des voyages invisibles sur ces planètes, afin de « faire le plein » de ce dont notre planète à besoin et revenir. Ils pressentent qu’il y aura des centres où les gens pourront bâtir un nouvel avenir pour le monde.

Et quand j’en parlais à Gustav Bjornstrand, il me disait que ces centres étaient en train de naître partout… Et ce qu’ils essaient de faire, comme Findhorn le fait, et comme j’essaie moi-même… On ne peut pas vraiment le nommer. Mais en un sens, ce sont des tentatives pour créer un nouveau genre d’écoles, un nouveau genre de monastères. Et Bjornstrand pense aussi à un concept de « réserves », des îlots où l’on préservera l’Histoire… où l’homme pourra continuer de survivre afin de préserver l’espèce à travers cet âge de ténèbres.

En fait, nous parlons bien de « maquis », qui existait déjà de manière différente au Moyen-Age dans les ordres mystiques de l’Église. Et le but de ce « maquis » et de trouver comment préserver la lumière, la vie, la culture… Comment garder les choses vivantes !

Je continue de penser que nous avons besoin d’un nouveau langage, un langage du cœur, celui de la forêt polonaise, où les mots étaient inutiles, une sorte de langage entre les gens qui sera une sorte de nouvelle poésie. La poésie des « abeilles-danseuses » quand elles se disent où se trouve le miel. Et je crois que pour créer ce langage, il faudra apprendre à regarder à travers le miroir… à travers une nouvelle perception. Ce sera une nouvelle vision, une nouvelle communion… où nous aurons ce sentiment d’être lié avec toute chose.
Et soudain… Nous comprendrons tout ! »

Citations [5] – Arthur C. Clarke

Voilà pourquoi nous devons prendre notre avenir en main. Nous ne pouvons demander aux puissances qui ont créé ce monde miniature de nous protéger contre nos erreurs. Il faut nous comporter dans le Nouvel Éden comme si nos enfants et nous devions y vivre à jamais. Nous portons la responsabilité de faire en sorte que la vie soit agréable en ce lieu tant pour nous que pour nos descendants.
Pour cela, il convient de relever de nombreux défis. Remarquez que je parle de « défis » et non de « problèmes ». La solidarité nous permettra de surmonter cette crise si nous tenons compte des conséquences à long terme de nos actes. Mais si nous ne pensons pas à l’avenir et à nos enfants, nous courons à la catastrophe.
[…]
Étant donné que la plupart des scientifiques pensent que le dérèglement des conditions climatiques constaté au cours des quatre derniers mois est dû à une forte augmentation de la teneur en gaz carbonique et en suies de l’atmosphère, mon gouvernement a présenté des propositions pour les réduire. Malheureusement, toutes ses suggestions ont été rejetées par le Sénat.
La suppression progressive des cheminées – qui n’ont ici qu’un rôle de pur agrément – a été qualifiée d’« atteinte aux libertés individuelles ». Le projet de réimplantation d’une partie du réseau de C.G. pour compenser le déboisement de certains secteurs de la forêt de Sherwood et de la campagne a connu le même sort. Pourquoi? L’opposition estime que l’énergie requise pour alimenter ces convertisseurs imposeraient à la population des privations intolérables.
Mesdames et messieurs, il est ridicule de nous voiler la face et d’espérer que notre écosystème retrouvera par miracle son équilibre. Reporter à plus tard la mise en application de telles mesures nous contraindra à en imposer un jour de bien plus draconiennes. Croire que nous finirons par découvrir comment modifier les logiciels des extraterrestres pour que le système puisse fonctionner correctement malgré la pollution de l’atmosphère est irréaliste. Nous commettons une fois de plus le péché d’orgueil !

Les jardins de Rama, Arthur C. Clarke

Citations [4] – Alain Damasio

Et pour la surveillance quasi exhaustive de nos vies, nos gouvernements, aussitôt pointé du doigt, empoignent le totem d’immunité en hurlant SÉ-CU-RI-TÉ ! SÉ-CU-RI-TÉ ! […] Comme si l’insécurité suprême n’était pas de vivre dans un monde où strictement rien de ce que j’écris, dis et fais ne peut plus être intime ou privé !


En occident, voter est consentir à la dépossession politique. Rien d’autre désormais. Le technocapitalisme seul nous dirige. L’État n’est plus qu’un cabinet d’ingénierie sociale auquel on sous-traite la variable humaine des équations du profit. L’impuissance s’exaspère, l’explosion révolutionnaire serait logique : pourquoi ça tient ? Par quel miracle ?

LA ZONE DU DEDANS
RÉFLEXIONS SUR UNE SOCIÉTÉ SANS AIR
Alain Damasio

Dans

Le Dehors de toute chose d’Alain Damasio
Architecturé par Benjamin Mayet

Citations [3] – Arthur C. Clarke

Dès la fin de l’année 2133, des observateurs lucides acquirent la conviction que le « Boom raméen » conduirait à un désastre. Ils firent de sombres prédictions sur l’effondrement imminent du système économique, au milieu des cris d’enthousiasme des multitudes euphoriques qui découvraient l’abondance. Nul ne tint compte de leurs suggestions d’équilibrer les budgets et de limiter les crédits à tous les niveaux. On ne songeait au contraire qu’à élargir les possibilités d’achat d’une population qui ne savait plus attendre, et encore moins se priver.

Rama II, Arthur C. Clarke